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Avant tout, j’espère malgré un climat particulièrement rugueux les fêtes se sont bien passées chez vous et je vous souhaite une excellente année 2009 riche en rencontre et pauvre en emmerdes !
De mon côté, comme prévu, j’ai beaucoup tourné pendant ses fêtes. Le WE précédent je suis allé avec les Canon (une famille d’anciens coopérants qui ont occupé mon logement il y a une 10 aine d’années) à Bonzon. C’était l’occasion de rencontrer le directeur de la coopérative des rizières qui font vivre 530 familles, de découvrir la récolte du riz
puis de visiter une bananeraie
et de voir 2 hyppos qui nageaient dans le marigot situé juste en dessous.
Le 23, j’ai récupéré la moto du Père Philippe pour partir aux aurores le lendemain fêter Noel chez Laurent à Banfo où les coopérants de la ville ainsi que celles de Toussiana c’était donné rdv pour la fête. La journée fût consacrée aux préparatifs avec notamment l’égorgement des poulets qui fût particulièrement sanglants (il est possible qu’emporté par mon élan, l’incision que je voulais porter à la gorge ce soit terminer par une décapitation en bonne et dû forme ;-)). A 17h nous avons reçu les amis du coin autour de pizzas cuites au feu de bois
avant de prendre la messe de Noël et de réveillonner avec les Frères St Viateur (çà ce n’était pas au programme du coup le second réveillon qui nous attendait à la maison était presque de trop). Pour finir nous avons donc reréveillonné à la maison (je remercie encore à cet effet les parents et gd-parents qui nous ont fourni vin et foie gras, très appréciés en la circonstance) et terminer la soirée par des parties de loup garou. Bien évidemment, c’était un Noël bien différent des années passées, mais il n’en a pas été moins sympa, même si le coucher fût quelques peu tardif (5h30) au regard du programme bien chargé du lendemain.
En effet, à 7h00 le réveil sonnait et je me mettais en route avec Lolo pour aller chercher Robert (collègue de Laurent, professeur de français, natif de Gaoua) et partir vers le chef lieu de la région du Poni et du pays Lobi (Gaoua). La route était longue (250 km de piste) et particulièrement poussiéreuse. Toutes les techniques furent donc bonnes pour limiter l’accumulation de boue dans les poumons, d’autant que ceux-ci sont déjà englués dans le goudron de mes cigarettes, il fallait bien que je les ménage un peu ;-))
Bref, après 6 heures de route entrecoupée de pauses pour nettoyer mes hublots qui ne laissaient plus passer la lumière, nous avons fait escale à Loropéni, site qui vient d’être classé au patrimoine mondiale de l’UNESCO pour ses ruines, mais qui franchement ne présente pas un très grand intérêt. En fait c’est un grand mur sans rien de particulier à moitié par terre. Le seul intérêt qu’on peut lui prêter c’est qu’il fût érigé vers l’an mille et donc qu’il eut une multitude de fonction au travers des siècles, point final… donc je ne m’étendrai pas davantage sur ces ruines.
Après un p’tit bout de pâté, nous reprenions la route vers Gaoua. Petit imprévu, Laurent avait confié sa moto à Robert et avait vu qu’il avait regardé la jauge d’essence à la pause casse-croute, logiquement, Laurent s’est dit que celui-ci avait jugé qu’il y en avait assez pour aller jusqu’à Gaoua vu qu’il n’a pas émis le souhait de se réapprovisionner dans les villages traversés … Erreur, quelques kms + loin, suffisamment pour ne pas avoir envie de faire demi-tour mais pas assez pour être proche d’un nouveau village ce fût la panne sèche. 2,3 minutes de palabres et réflexion pour trouver la meilleure option, puis me vînt une idée lumineuse … « j’ai du fil pour accrocher ma moustiquaire et si nous l’utilisions pour tracter la moto avec ma moto ? » Voilà une bonne solution africaine qui convainc tout le monde, du coup j’ai tracté la moto de Lolo sur une 10 aine de Kms. C’était un peu folklo notre affaire, surtout quand il fallait s’arrêter puis redémarrer à chaque hameau que nous croisions en espérant trouver le précieux liquide, mais in fine on s’en est très bien sorti !
Arrivé sur Gaoua une nouvelle épreuve d’endurance nous attendait, vu qu’après une petite douche au seau bien méritée, nous devions faire le tour de la grande famille de Robert en commençant par ses oncles paternels qui fêtaient un baptême. Une fois les verres de vin et calebasses de dolo vidés,
le frère de Robert a insisté pour que nous l’accompagnions saluer sa belle-famille. Franchement, ce fût l’une des rencontres les plus intéressantes depuis que je suis arrivé au Burkina. Je peux vous assurer que j’étais physiquement épuisé par le manque de sommeil et la piste parcourue toute la journée qui demande beaucoup de concentration (il y a toujours, une pierre, un trou, une zone de sable à maîtriser), mais ce vieux m’a bluffé par sa prestance et la sagesse de ses propos du coup j’ai dû m’accrocher pour lancer et suivre des débats qui étaient passionnants. Ainsi autour de nous, il y avait 4/5 jeunes et le vieux, colonel à la retraite ayant été ministre de différents portefeuilles dans les années 80, qui enseigna avec des mots bien sentis tout ce petit monde sur la culture et l’histoire des Lobis. Origine des noms, mélange de culture matriarcale et patriarcale, animisme, rite d’initiation, rivalité inter-ethnique, religion, colonisation, nous avons ainsi partagé l’enseignement de l’histoire d’une ethnie dans la plus pure tradition orale africaine et c’était vraiment un moment exceptionnel !
Le lendemain, levé de bonne heure nous sommes allés visiter le musée du Poni et la rencontre de la veille nous a permis de poser des questions pour approfondir nos connaissances de la culture Lobi. Celles-ci étonnèrent un peu le guide peu habitué à voir des blancs maîtrisant autant la culture et l’histoire du pays.
Après un déjeuner à la table du papa de Robert, nous avons repris la route en direction de Diébougou (80 km de bonheur, euh de goudron)
où nous avions prévu de faire étape. Arrivé chez les Frères, j’apprends le décès du papa du Frère Anicet (directeur du collège de Tounouma) à Dissin. Vu que c’est à 40 km, nous avalons zap-zap une petite biére agrémentée de quelques sauterelles grillées
puis nous reprenons tous la route pour aller nous recueillir là-bas. Son papa, habitait dans un petit hameau très reculé au milieu de la brousse et trouver la bonne piste ne fût pas aisé. Arrivé sur place, il faisait nuit noir, nous nous approchons de la cour pour trouver dans la pénombre d’un feu de bois la famille et non pas un mais 2 corps exposés. Je dois bien avouer qu’ avec l’obscurité ce n’est qu’au moment de partir que j’ai compris que la femme d’une 40 aine d’années à côté du papa décédé n’était pas assise à garder le corps mais défunte également. L’ambiance est particulière, dans la tradition il n’y a pas de mort naturelle, le corps est donc vêtu de ses beaux habits et assis dans un fauteuil devant la case, il doit rester là pendant 3 jours pour qu’on puisse l’interroger et qu’il donne la raison de son décès avant de procéder à l’enterrement. Les femmes gémissent, pleurent et viennent se lamenter près du corps. Elles touchent, incrédules, pour vérifier que la vie est bien partie avant de poursuivre leurs lamentations. Les griots tapent les tambours et le balafon pas tant en l’honneur du défunt que pour couvrir les pleures des femmes et atténué le côté pesant de la scène. Les hommes s’assoient sur les bancs et attendent seulement. La famille offre aux personnes venues parfois de loin le ventre vide dés l’annonce du décès quelques arachides, du jus de tô ou une calebasse de dolo préparé dans la hâte. Avec la nuit qui avance, les pleures des femmes se calme, certaines se couchent à quelques mètres des défunts soit sur une natte soit à même le sol et prennent un moment de repos. Tous les autres restent assis sur leurs bancs, sans dire mot. Après quelques heures nous demandons la route et regagnons Diebougou. Le lendemain, nous apprenons que la femme défunte à côté du papa est une voisine de cour décédée 2 heures avant notre arrivée d’une crise de rage. Chose surréaliste pour moi, celle-ci a mordue une autre femme avant de rendre l’âme et c’est seulement le lendemain matin que l’information est transmise aux Frères qui partent alors faire le tour des pharmacies pour trouver un sérum antirabique et tenter ainsi de la sauver. Quand on sait que 24 heures après la morsure, la crise de rage irréversible commence, il est pour moi assez stupéfiant qu’ils aient laissé passer 17 heures avant de s’en soucier. Je ne sais pas si cette femme à finalement survécue, mais c’est peut être mieux ainsi, je n’ai pas envie de savoir.
Après une ballade sur une colline dominant le secteur, un petit tour au marigot à traquer les caïmans et un bon repas, nous reprenons la route en direction de Bobo en passant comme avec Matthieu
par le goudron avec une petite pause culture à Boni pour l’église puis une autre hydratation à Houndé avec une bière bien méritée pour arriver à Bobo avec un magnifique coucher de
soleil.
Une fois la moto rendue au Père Philippe, nous allons au cabaret vider une petite calebasse et voilà que Zézouma arrive dans un beau boubou de fête déjà bien sale qu’il a reçu à Noel. Dans la pénombre, je le salue et lui offre de boire à ma calebasse, Laurent qui est assis à côté de moi le salue également. Dans le noir celui-ci a bien trouvé la main du pauvre Zézouma bizarre mais n’a pas remarqué qu'il est lépreux. Même s’il était un peu tard je l’informe après coup et le rassure. Forcément, çà lui a fait bizarre, comme pour moi il y a quelques mois quand je fis la connaissance de Zézouma. La scène était d’ailleurs cocasse car tous connaissent, rigolent de ses aventures et respectent Zézouma, toutefois ils ont vraiment peur de sa maladie et ne s’aventurent pas à le toucher et voilà qu’au milieu d’un cabaret on trouve 2 blancs (ce qui est déjà rare) qui lui serrent la main, rigolent avec lui et lui tendent leurs calebasses ;-))
Le lendemain matin nous voilà à nouveau sur la route, cette fois en car en direction de Ouaga. Arrivé dans l’après-midi, nous retrouvons une bonne partie du groupe dans la soirée et compte tenu d’un sommeil léger, je profite d’être réveillé de bonne heure pour prendre la messe à 05h30 à la cathédrale située 100 mètres à côté de la communauté dans laquelle nous logions.
Vers 08h00 on commence à rassembler tout le monde, on récupère le minibus de 15 places, on fait les courses pour la fête qui se prépare (31) et nous prenons la route. Pause à Kaya, ville aux portes du sahel où nous déjeunons et récupérons 2 coopérants. Avec le chauffeur nous voilà 14, il reste juste un strapontin pour assoir notre guide un peu plus loin et nous sommes au complet. Le paysage change, fini la brousse, place à la savane, terre aride parfois sableuse clairsemée d’arbustes offrant de longs piquants à tous les animaux tentés de venir les brouter.
Ici, il n’y a plus de légumes ni de fruits, seulement des troupeaux de chèvres hautes sur pattes et de zébus qui se déplacent au gré du fourrage et des points d’eau qui subsistent.
Nous voilà chez les nomades, peuples de Peuls et de Touaregs aux habitats de pailles démontables
J’ai passé 4 nuits à la belle étoile, tantôt sous moustiquaire sur une natte dans un campement,
tantôt dans mon petit duvet à même une dune de sable,
on a vu un superbe coucher de soleil sur Bani,
ainsi que leurs célèbres 7 mosquées disposées sous forme humaine, elles furent vues en songe puis construites par une sorte de prophète musulman local.
On est passé au marché au bestiau de Gorom-Gorom où nous avons fait l’acquisition d’ un beau bélier que j’ai contribué à zigouiller sur la dune de Oursi le 31 soir (Oui je sais le chargement de notre minibus avait vraiment des allures de taxibrousse africain ;-))
sauf, bien sûr lorsque nous chargions l'habitacle pour profiter de la vue sur le toit !
Puis on a fait de la lutte, du football et une soirée guitare avec des 10 aines d'enfants sur une dune à Gorom-Gorom autour du feu
avant ce fameux 31 ambiancé par le djembé, la guitare et une sono sur les dunes d’Oursi où nous avait rejoint 3 autres convois de coopérants avec leurs familles.
Les photos parlent d'elles-même, nous avons vraiment bien fêté çà ...même si certains semblaient un peu perdu dans ce desert de sable !
Pour ces quelques nuits nous avons eu la chance de trouver une pleine lune éblouissante et le mot est choisi car celle-ci étant plus proche de la terre lorsqu’on est proche de l’équateur, il fallait bien les lampes torches au crépuscule, mais dés la lune levée, elle faisait office de giga spot nous éclairant au-delà du nécessaire pour toutes nos activités nocturnes. En revanche n’aimant pas trop la lumière au moment de chercher Morphée, je devais serrer le duvet pour que ne dépasse que le nez afin de ne pas être gêné par sa lumière … sauf le 31 ou 8.6 Bavaria (les amateurs de bière comprendront) et fatigue aidant, j’ai dormi comme un loir les quelques heures qui restaient ;-))
Au lever du soleil, il était tant de replier bagages
et de contempler une derniére fois le paysage avec un troupeau de zébu à l'horizon
avant de regagner Bani puis Bobo.
En tout cas ces vacances ne furent pas de tout repos physiquement, mais ont été l’occasion de découvrir 2 coins opposés du pays qui m’étaient jusqu’à présent inconnu, de découvrir 2 ethnies : Les Lobis au sud-ouest et ces salopards de bandits de voleurs de bœufs de Peuls (ce sont mes esclaves, les parents en plaisanteries des Bobos) ainsi que de faire la connaissance de quelques coopérants arrivés en septembre que je n’avais pas encore croisé sur ma route.
De retour à Bobo avec la fatigue accumulée, je m’attendais à devoir soigner un petit palu, finalement c’est une grippe que j’ai ramené de chez les Peuls qui m’a contraint à un petit jour de repos … sur ce coup là je m’en suis tirer à bon compte!
Ce WE, j’ai accueilli Amandine (coopérante St Viateur à Banfo) et ses parents à la maison. Je leur ai fait découvrir la ville et ses environs. Ce fût l’occasion pour moi de découvrir un artisan bronzier assez extraordinaire. Un vieux père qui a bourlingué en Europe et qui n’hésite pas à vous remettre avec fierté une photocopie de son diplôme de chevalier d’honneur des Arts et Métiers. La qualité de son travail n’a d’égal que la précision du geste et la clairvoyance de son seul œil. J’essaierai certainement de repasser le voir. Pendant que nous regardions l’artiste à l’œuvre près du Wé (le marigot avec les silures sacrés) Nous avons eu droit à l’illustration pratique du cours théorique que je venais de donner au papa d’Amandine. En l’occurrence, un imbécile a trempé son hameçon dans le marigot et en a sorti en beau petit silure. Le papa d’Amandine voyant çà m’en fait la remarque et bien gêné de la situation, il a constaté qu’il n’avait pas finit sa phrase que les 4 hommes assis à côté de nous se sont levés comme un seul pour attraper l’idiot et le chicoter comme il fallait. Celui-ci d’ailleurs, à tout de même bien gérer son problème, car plutôt que d’essayer de fuir ou de se défendre, ce qui l’aurait amené à une mort certaine car tout le quartier s’y serait mit, à préféré prendre humblement les 3 minutes de baffes et de coups de sandales dans la tête en demandant pardon, ce qui lui a value la clémence des ses bourreaux et par la même la vie sauve. Après ses émotions j’ai eu la chance de me faire offrir par les parents d’Amandine un autre type d’émotions… 20 minutes d’ULM. En effet, en partant pour Banfo le 24/12 j’ai été en repérage dans un village à 20 Km de Bobo où j’avais vu un petit panneau en bord de route indiquant des vols d’ULM. L’affaire tenue par un blanc m’ayant semblée sérieuse, çà a convaincu Amandine d’y emmener ses parents qui ont eu la bonne idée de m’en offrir un tour. 20 minutes entre 4 et 500 mètres d’altitude à survoler les falaises de Péni, à passer au dessus des villages et de la brousse, c’était vraiment top ! Le type qui pilote est un vieux blanc de 65 ans environ entretenant parfaitement son appareil et maitrisant très bien son engin le vol fût vraiment agréable et vu que celui-ci est bobolais, j’ai bien l’intention d’ici mon départ de trouver l’occasion de m’offrir un vol au-dessus de Bobo ;-))
Là-dessus je vais vous laisser, je vous souhaite à tous encore une heureuse et sainte année 2010 qui sera aussi si Dieu le veut l’année des retrouvailles.
Biz
Yanndelabrousse
ps spécial bidoche: la série des viandes un peu farfelues passées par mon palais s'allonge avec du porc épic et du phacochére. Le dernier nommé comme tout le monde s'en doute se rapproche beaucoup du sanglier, quand au premier, il faut surtout faire attention à ne pas manger les plombs qui l'on conduit dans mon assiette ( c'est mauvais pour les dents) ;-))
bises
mamiconfiote
que de péripéties pour un seul homme, il faudra bientôt songer à appeler Hollywood pour leur proposer d'inclure tes aventures à celles d'un certain Indiana!
Juste pour info, nous sommes en 2010 depuis le passage du 31 décembre au 1er janvier (tu te souviens peut-être des bavarias dans les dunes,...), il est donc de saison de souhaiter une bonne belle année 2010, 2009 étant terminée( paix à son âme!)!!
merci encore pour toutes les news et tous nos veoux pour cette belle année qui commence!
la rouviere's family