Ce mois ci, j’ai eu la visite de Sébastien sur la 1ére 15aine de mars. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a eu droit à un vrai aperçu de la vie au Burkina. En effet, par coup d’opportunité il est arrivé à Bobo à 3h30 du mat le samedi en … ambulance, il a connu les premières grosses chaleurs de la saison (genre 40° la nuit sur le mur de ma cuisine, je vous fais grâce de ce que çà peut donner le jour), des rencontres humaines vraiment riches, l’hospitalité, la culture animiste, les pannes dans les transports et leurs lots de petites galères, les pistes et le hors piste en brousse avec sable, poussière et trous pour éprouver un peu les voyageurs et enfin des paysages magnifiques parfois très reculer en pleine brousse. Bref, on s’est bien marré et on en a pris plein les yeux et les oreilles... le gosier aussi mais çà c’est une autre affaire ;-))
Au programme, il y avait visite de Bobo avec la tournée classique : musée de la musique, musée du Houet, grand marché, marché aux légumes, gare ferroviaire, Guinguette et autres petits coins sympa dans et autour de Bobo, le tout agrémenté par la rencontre de quelques amis : le père Philippe, Charles et Gladys, Alfred et sa famille, Jonas, etc… puis petite virée à l’aventure avec la 125 du père Philippe. Normalement après une boucle dans le pays Sénoufo en descendant par la région d’Orodara et en remontant par Banfora on devait se lancer dans un périple qui s’annonçait assez épique en traversant tout le pays en moto pour visiter toujours en moto une des plus grandes réserves animalières de l’Afrique de l’Ouest à Pendjari au Bénin. Finalement, on a décidé d’alléger le programme après la première boucle et s’épargner 1700 Km de + que les 1200 parcourus, car l’Afrique çà crève… et quand je dis çà je ne parle pas que des hommes. En effet, selon le bon principe de la loi de Murphy, moi qui n’avais jamais connu de crevaison depuis mon arrivée en décembre 2008 et ben on en a eu 9 en 9 jours de moto rien que çà et toutes sur cette maudite roue arrière! Je peux vous assurer que désormais je suis expert en technique de collage (rustines, collage à chaud, collage à froid etc…) et de démontage (en retirant la roue, sans retirer la roue, etc…).
En fait, c’était vraiment la poisse, un coup c’était un collage qui lâchait, un coup c’était la nouvelle chambre à air qui n’était pas de qualité suffisante, puis une autre fois un clou qui passait par là ou encore le mécano qui faisait un nouveau trou en rechaussant le pneu etc.. A la fin j’ai fini par devenir carrément stressé du pneu, avant de quitter chaque village, je jetais systématiquement un coup d’œil sur cette *¤#~^ § de roue pour m’éviter d’avoir à trop pousser en cas de nouvelle déconvenue. Assurément, les 10 kms en plein soleil sans eau et le ventre creux parcouru à pied en poussant la moto entre Sindou et Banfora comme les 2 ou 3 Km de nuit entre Banfora et Bobo le lendemain ont fortement contribué à me rendre limite parano de la roue raplapla.
Bref, je n’insisterai pas davantage sur ces histoires de caoutchoucs percés, mais c’est clair que dans ce contexte, traverser le pays pour aller crever sur les pistes d’une réserve où l’on peut se retrouver à 40 ou 50 KM d’une sortie et où les lions sont relativement nombreux çà donne pas envie. Bon c’est vrai que si les gros matoux étaient venu nous taquiner en cas de panne çà n’aurait pas été un gros problème vu que j’ai toujours mon laguiole tire bouchon sur moi, mais la perspective de pousser la moto sur des 10 aines de km çà en revanche çà rendait le plan un peu trop foireux.
Du coup on a fait une petite virée sur Pala vers la mare aux hippos et gouté en rentrant le bon dolo de Kouentou. Puis le lendemain on est redescendu sur Banfora pour profiter d’un bon Mc Do avant une rafraîchissante baignade aux cascades à Kerfiguela (je vous fais grâce des 2 crevaisons de la journée).
Par ailleurs il faut dire que notre virée en terre Senoufo nous avait déjà donné une belle dose d’aventure. En effet, après seulement 80 KM entre Bobo et Orodara nous quittions le goudron que nous devions ne retrouver que 2 jours plus tard entre Banfora et Bobo. En guise d’échauffement nous attendait une piste bien corsée avec tous les trous et les zones sableuses qu’on peut imaginer ce qui était idéal pour me permettre de bien reprendre la mesure de mon cheval de fer car après un petit tour au barrage de Tourni et une pause déjeuner (et collage de roue) à Kankalaba, nous nous sommes attaqué au mont Tena Kourou l’après midi. Tena Kourou c’est le point culminant du Burkina avec un sommet à 747 mètres. Bon si les montagnards lisent ce post, ils doivent mesquinement rigoler, mais pour un breton habitué au mont d’Arré, c’est pas petit !
En tout cas on a pas vu le coin où on était sensé garer la moto et continuer à pied, du coup on est monté en moto, sauf que le chemin pour gravir le mont étant normalement pédestre et non pour accueillir les 2 roues, il n’y a pas de lacets et je peux vous assurer que certains passages étaient un peu costaud. Une fois rendu en haut, vu qu’il n’y avait pas plus d’indication, il nous a semblé que la colline d’en face était peut être plus élevé que celle que nous venions de gravir (le Tena Kourou ne serait il pas devant nous ?) . Ni une ni deux nous voilà reparti dans une descente abrupte bien caillouteuse et nous poursuivons sur les sentiers entre les 2 collines. 5 à 10 Km plus loin, ne parvenant plus à déterminer le chemin le mieux indiquer pour rejoindre la colline d’en face, je fais 50 pas en arrière pour consulter les villageois d’un hameau que nous venons de dépasser. Je vous fais grâce des détails linguistiques mais en gros en brousse de chez brousse au maximum il y en a 1 qui parle un peu français (là c’était même pas le cas) et en langue locale, hormis les salutations et 3 ou 4 mots moi je ne pige rien, enfin on est parvenu à ce comprendre et quand il m’a indiqué que Tena Kourou était derrière nous, je suis revenu vers Seb et la moto un petit sourire en coin : ‘‘ euh, c'est-à-dire que tu vas rire, en fait Tena Kourou c’est derrière nous et si je me fis à la carte, ben là on roule au Mali depuis tout à l’heure !’’
Une petite clope plus tard nous repartions pour franchir le mont dans l’autre sens, non sans peine car la cote était vraiment abrupte et je ne vous cache pas que lorsque le moteur a commencé à peiner en 2nde et que j’ai dû repasser la première, j’ai un peu serré les dents pour que çà passe car si la moto s’arrêtait on était bon pour glisser sur les cailloux tous les 3, Seb, la moto et moi jusqu’en bas. Enfin c’est passé et nous avons pu gagner Sindou sans encombre où nous attendait un campement de petites cases pour passer la nuit.
Le lendemain matin après que Sébastien est célébré une messe dans le campement à 8h00 pour le plus grand plaisir des quelques participants, nous avons pris la direction de Negueni pour voir des habitats troglodytes.
A nouveau, ce fût un peu foireux, car en fait la prise d’infos auprès des locaux fût faites une fois le village dépassé et ceux-ci nous ont systématiquement encouragés à nous enfoncer davantage dans les rizières et la brousse. Là, ce fût clairement le parcours le plus dur que j’ai pu faire en moto et pour cause une fois encore ce n’était même plus une piste et on ne distinguait aucune trace de véhicule motorisé là où nous nous aventurions. Bien évidemment çà ce n’était pas sur la carte et je n’étais encore jamais passé par là. Qu’allait nous réserver ce chemin comme paysages et comme embuches ? Où allions nous retrouver une vraie piste pour reprendre notre route vers Banfo ? Là forcément il n’y avait pas de réponse mais ce n’était pas un problème, tant que çà passait c’était très sympa dans un cadre absolument magnifique coincé entre 2 lignes de montagnes.
Chaque 100 mètres une nouvelle épreuve nous attendait, aussi il était difficile de se réjouir du franchissement d’une portion ardue car on savait que ce qui nous attendait juste après pouvait très bien nous bloquer et la perspective de faire marche arrière vu ce qu’on avait traversé ne nous inspirait ni l’un ni l’autre.
J’ai fait l’équilibriste sur les bordures de rizières, et jonglé avec les vitesses dans les bosses caillouteuses, on a dansé sur le sable, poussé, tiré et soulevé pour traverser des gués et fait un combat d’yeux noirs et bombage de torse entre un gros zébu bien cornu qui nous a barré la route pendant 3 minutes (j’ai bien pensé à faire comme crocodile dundee avec ma main, sauf que moi je voulais qu’il dégage la piste, pas qu’il étale son gros tas de viande dessus! Du coup j’ai pris l’option des ronflements mécaniques et finalement j’ai gagné, mais je peux vous assurer que c’était pas acquis et que 3 minutes à 3 mètres l’un de l’autre c’est assez long !).
Après encore une bonne heure de pilotage au pifomètre (je précise que nous n’étions pas perdu vu qu’on pouvait sans problème faire un cercle de 20 km de diamètre sur la carte pour donner notre position, ok c’est pas du GPS mais c’est suffisant pour se situer) nous avons longé des vergers d’anacardiers et des champs ce qui nous informaient que nous ne devions plus être très loin de trouver un village. L’objectif étant de trouver dans le labyrinthe de petit chemin celui qui nous permettra de gagner une piste nous ramenant sur Kankalaba et la consultation des villageois peut grandement faciliter les choses. Bingo, quelques km plus loin on tombe sur un petit village. Eux, là où ils sont, je peux vous assurer qu’ils sont tranquilles et emmerdés par personne! Dans le genre village paumé au milieu de la brousse, c’est difficile de faire plus paumé. En tout cas nous y avons trouvé l’hospitalité traditionnelle avec tous ces codes. D’abord les hommes restent cachés et les femmes viennent connaître les intentions des visiteurs, si ceux-ci sont jugés hostiles les hommes sortent avec les armes pour les zigouiller, s’ils sont jugés amicaux on leur propose l’eau de bonne arrivée (un grand verre d’eau) puis on poursuit la causerie. Devant une case des crânes d’animaux étaient déposés. J’ai pas osé à ce moment là sortir mon appareil photo même si je dois dire que j’aurai pris un malin plaisir à vous montrer des crânes d’enfant … non je déconne, c’était des crânes de singes vert mais franchement on ne voit pas la différence ;-))
Bref, pour en revenir à nos moutons ou plutôt notre direction je déplie un bout de la carte et demande la route. Là celui qui parle un peu français, me dis qu’il n’en sait rien et commence à me montrer du doigt toutes les villes qu’il voit sur la carte pour que j’en donne le nom. A chaque nom il est émerveillé, je comprends rapidement que c’est la première fois qu’il voit une carte ! Il me demande s’il y a encore d’autres villes sur le papier (je n’avais déplié que le ¼ de la carte) je considère qu’il est bien gentil mais que j’aimerai employer les 45 prochaines minutes à autres choses que citer toutes les villes du Faso et lui affirme que non.
Nous obtenons la direction, avant de partir ils sollicitent quelques photos, je m’exécute sans omettre de leur montrer le résultat sur l’écran, ce qui ne manque pas de provoquer l’hilarité des
uns et des autres qui se moquent mutuellement,
puis comme le veut la tradition, il prenne notre moto pour la pousser sur une centaine de mètres et la démarrer avant de nous laisser continuer notre route. Pour les remercier, j’offre une
cigarette et nous voilà reparti. 500 mètres plus loin nous trouvons la piste indiquée et 20 minutes plus tard nous étions à Kankalaba à reprendre quelques forces devant une bière chaude (pas
d’électricité = pas de congélo = pas de glace = pas de boissons fraîches).
30 minutes plus tard, nous redescendions sur Sindou pour faire un peu d’escalade sur les pics en compagnie d’une togolaise et d’un irlandais avec qui nous n’avons pas manqué quelques amicales chamailleries au sujet des dernières confrontations sportive en foot et en rugby. La togolaise s’en est inquiété ‘‘vous ne vous aimez pas ?’’ et la réponse en chœur fusa ‘‘ Oh si nous on s’aime bien on est des parents, on est de la même ethnie, nous sommes tous les 2 celtes, c’est pour çà qu’on se taquine. En revanche c’est les anglais qu’on n’aime pas ni l’un ni l’autre ;-))
C’est amusant car dans l’idée des africains, il n’y a qu’en Afrique qu’il y a des ethnies que les frontières ont parfois séparés, alors quand on leur parle de celtes, de basques, de catalans ou autres et des parentés en plaisanteries qui existe entre Nantais et ventre à choux ou entre français et belges, ils sont toujours très étonnés.
Nous avions prévu après les pics de faire escale au lac de Tengrela pour voir les hyppos, mais la seconde crevaison et le temps de faire 10 bornes à pieds pour gagner un village et la possibilité de coller on eût raison de ce programme. Nous avons d’ailleurs fini le parcours de nuit et nous nous sommes réconforter en arrivant à Banfo avec un bon poulet avant de gouter au génépi maison que Laurent a préparé dans les Alpes l’été dernier.
Le lendemain, au programme nous avions donc Lac de Tengrela puis en passant par un petit chemin à travers les rizières, Cascades. Après 2 passages au collage à chaud nous sommes enfin parti vers Tengrela, accompagné d’Hélène (coopérante à Dédougou) et d’une de ses amis qui avait pris la moto de Laurent pour l’occasion. Quelques kilométres plus loin, nous tombons sur un contrôle de police. Ils sollicitent les papiers des véhicules, je sors les miens… ou plus exactement ceux du Père Philippe, pas de problème, puis je regarde Hélène et je comprends de suite qu’elle n’a pas prit les papiers de Laurent. Eh merde ! Laurent est en cours, on ne peut pas le joindre et là c’est clairement le plan galère avec normalement la saisie du véhicule renvoyé au commissariat de Banfora + amende de 6000 FCFA. Je décide donc de prendre les choses en main en commençant les palabres dans le strict respect des règles de l’art ce qui nous a permis de reprendre la route une 10 aine de minute plus tard un petit peu plus léger … comprendra qui voudra ;-))
En repartant de Tengrela, nouveau problème technique, le boitier électrique qui nous lâche, la moto s’étouffe puis impossible de la redémarrer… ni de trouver un mécano sur place. Heureusement, Lolo venait de nous rejoindre et moi j’ai toujours mon bout de ficelle avec moi. Vous vous souvenez du remorquage moto-moto à Noel et bien on inverse les motos en mettant la petite devant et la grosse derrière et nous voilà rendu chez un bon mécano moto à Banfo. Il a fallu toute l’après midi pour solutionner la panne et toute ma vigilance pour qu’il ne change pas toutes les pièces qui fonctionnaient très bien en même temps, mais à 18h30 la moto roulait de nouveau et nous pouvions regagner Bobo de nuit … non sans retrouver les joies d’une ballade d’une heure à pied de nuit pour cause de… crevaison de la roue arrière !
Le lendemain, nous passons voir Jonas à Koumi. Jonas est un vieux sage de la caste des forgerons que j’ai rencontré il y a 1 mois environ grâce à Benoit, lors d’une nouvelle visite du village avec l’abbé Philippe et l’abbé Hyacinthe (recteur du grand séminaire) lors de laquelle il se chargea personnellement de nous guider. Ce vieil homme est un insatiable curieux, passionné d’Histoire qu’il affectionne de partager avec toutes les oreilles qui le demandent.
Il m’a vraiment réconcilié avec ce village que je m’étais pourtant promis de ne plus visiter car bien trop touristique où le blanc qui si promène est clairement un portefeuille sur pattes ce qui a le don de m’exaspérer. Avec Jonas tout est gratuit et en plus on a le droit à une vraie visite, en faisant le tour de tous les fétiches, en retraçant toute l’histoire du village de la première maison il y a 1000 ans à la première chapelle au début du siècle dernier. Il est intarissable et nous ouvre les portes même les plus fermées….bug bug…. Désolé je viens de m’autocensurer à la relecture! En effet, certaines choses sont des secrets de village qui ne doivent pas être révélées à des non initiés ou à minima certainement pas sur internet. En le faisant non seulement on s’expose personnellement à des problèmes, mais au-delà de çà, c’est surtout une trahison et une insulte grave. Ce que je peux vous dire en revanche c’est que les Bobos comme beaucoup d’ethnies peuvent vénérer ou solliciter tous les esprits bons comme mauvais (y compris le malin) selon les circonstances. Ils ont une vraie maîtrise de ces choses là et s’il existe assurément des charlatans (au sens le moins noble du terme car il existe aussi des charlatans comme des devins sérieux dans les villages) tout n’est pas affaire de mythe et de légende. C’est aussi pourquoi personne, y compris les africains eux-mêmes, n’aime se promener non accompagné dans un village qu’ils ne connaissent pas bien car chaque village à ses coutumes, ses codes, ses pouvoirs magiques et ses mystères ésotériques. Par exemple à Koumi, il y a un endroit ou les notables se retrouvent pour rendre justice. Si vous passez sur le chemin qui borde ce coin pourtant marqué d’aucun signe particulier et que vous saluez les personnes qui si trouvent, vous allez après avoir des problèmes car on ne doit pas saluer les notables lorsqu’ils s’occupent d’un jugement. Au mieux vous serez quitte pour sacrifier une poule et un coq en pardon au fétiche, au pire ben il faudra ajouter l’argent et que sais je encore. Bref, bien malin (sans mauvais jeu de mot) qui peut dire qu’il connaît l’Afrique ou même la religion animiste, car en vérité on peut connaître certains rites qui parfois présentent pas mal d’analogie entre différentes ethnies, on peut connaître un peu une ethnie et une part de ses coutumes, on peut connaître relativement bien un village et percer une part de ses secrets mais pour vraiment connaître ne serait ce qu'un village, il faut être initié dans ce village, le rite initiatique fonctionne souvent pour les ethnies de l’Ouest du Burkina par cycle de 7 ans avec ses inévitables variantes en fonction des villages. Une fois que vous êtes initiés vous êtes lié au village jusqu’à votre mort et vous ne pouvez vous détourner du village et de ses croyances sans en assumer les conséquences. En clair, vous êtes obligé de venir avec une certaine régularité au village pour y faire certaines coutumes et si vous ne le faîtes pas les fétiches, les ancêtres ou les esprits invoqués dans le village vous trouverons où que vous soyez pour vous punir. Vous pouvez en penser ce que vous voulez, moi au début pour satisfaire mon incurable curiosité je brûlais d’envie d’être initié et connaissant les bonnes personnes, c’était tout à fait réalisable, mais avec ce que j’ai pu voir et entendre depuis que je suis ici, je peux vous assurer que je préfère conserver une part d’ignorance, rester à jamais un étranger de mon village (non-initié), même si je porte un nom Bobo rattaché à un fétiche (Zogo = l’esprit de la brousse – Telle = le fils), car je ne suis absolument pas prêt à assumer tous les engagements irréfragables d’une initiation.
------------------------------------------------Je coupe--------------------------------------------------
Internet déconne depuis 3 mois entre pannes de courant quotidiennes et problèmes de réseaux. Du coup, ce que j’ai écrit il y a maintenant 3 semaines n’est toujours pas sur le blog et je préfère couper le récit ici pour vous proposer quelques nouvelles un peu plus fraîches parce que sinon vous risquez de ne pas avoir fini de lire ce message d’ici à ce que je sois rentré en France tellement celui-ci devient long ;-))(petit rajout de derniére minute pour la force de l'exemple : aujourd'hui coupure de courant de 08h00 à 13h15 ... là çà remarche mais pour combien de temps encore?)
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La saison des grandes funérailles est maintenant lancée depuis 3 semaines avec Pala (village sur la route de Ouaga) qui a ouvert les festivités le 14 mars dernier. J’y suis allé avec Ibra mais on
a pas du durer plus de 3 heures car finalement ce n’était pas des plus intéressant car étant les premiers il y a énormément de monde et l’attrait commercial que çà offre au village prend le pas
sur l’intérêt traditionnel.
En revanche, ce qui l’a été davantage, c’est la sortie des masques de brousse à Borodougou pour la fête de fin des récoltes début mars. Là, il y a peu de personnes étrangères au village qui y
sont présentes, du coup l’ambiance est beaucoup plus familiale et rien ne vient interférer au strict respect des coutumes.
Toujours à propos de funérailles, la date des grandes funérailles pour Tounouma a été arrêtée depuis une semaine au 25 avril. Aussi, depuis 2 mois, il y a des funérailles sèches tous les WE, car il faut les réaliser avant les grandes funérailles et vu que çà coûte pas mal d’argent, il a fallut parfois des mois voir des années aux familles pour s’apprêter. En tout cas chaque samedi, les tambours résonnent jusqu’à l’aurore, les masques en herbes sortent et fouettent, les gens dansent en cercle sur la place du village et boivent du dolo jusqu’au bout de la nuit. Certains sont là par respect des traditions comme ce toujours très étonnant Zézouma (le lépreux) que j’ai vu avec son habituel casque militaire sur la tête, dansant avec tout le monde à 1h30 du mat le we dernier et pour d’autres c’est la sortie de la semaine, l’occasion pour les jeunes de se rencontrer, de draguer, de dépenser dans le dolo les maigreurs gagnées dans la semaine. L’ambiance y est des plus bon enfant et j’ai fini par comprendre qu’il est plus intéressant d’être avec eux à vider une calebasse et tailler une bavette plutôt que de rester dans son lit à se tourner et se retourner sans réussir à faire abstraction des tambours qui résonnent.
La semaine dernière, l’événement fût bien évidemment la semaine sainte et Pâques. Cette année plutôt que de vivre les offices avec la paroisse du CAS (près du TAF) j’ai voulu partager ces moments avec ma paroisse. La seule différence avec l’an dernier fût le vendredi ou le mime de la Passion a eu lieu le vendredi soir et non pendant le chemin de croix. Laurent était avec moi vendredi soir et c’est la première fois qu’il assistait à l’office du vendredi saint. Forcément, il a été assez surpris par leur volonté d’être au plus proche des écrits dans le mime (comme évoqué l’an dernier, le premier rôle (Jésus) est vraiment celui a évité car il se fait gifler, bousculer et fouetter proprement par les gardes avant de finir accroché par des ficelles sur une croix), mais le fouet fait complètement partie de leurs rites mortuaires et si forcément en tant qu’européen on est un peu stupéfait de voir l’acteur correctement chicoté, ici c’est normal vu que c’est son rôle dans les écritures !
A part çà j’étais samedi au mariage d’Edouard, le cuisinier du noviciat, avec la casquette de photographe officiel. Les mariages se sont très bien passés comme vous pouvez le voir sur le visage des mariées… et oui il y avait 2 mariées,
ou plutôt même 3 à la mairie, mais même si cela se
fait d’épouser 2 femmes en même temps, là Edouard n’en épousait qu’une mais partageait les cérémonies avec ses 2 frères et 2 nouvelles belle_soeurs … plus 3 autres couples pour la bénédiction
dans l’église.
Samedi soir, on s’en est bien tiré à la veillée car celle-ci n’a duré que 3h30 malgré la 40aine de baptême, ce qui fait tout de même 1h de moins que l’an dernier ou franchement j’avais finit par trouver çà longuet !
Dimanche c’était donc le grand jour de fête, le 1er que je passais à Bobo en connaissant vraiment du monde (je suis arrivé juste après Noel 2008, à Pâques 2009 je connaissais quasiment que des musulmans et à Noel 2009 j’étais à Banfora). Du coup, je me suis mentalement préparé au marathon et à l’orgie de bouffes et de boissons qui m’attendait. En effet, les jours de fêtes on doit passer voir la famille, les voisins, les amis et à chaque fois on nous offre à boire et ou à manger. Les visités sont aussi honorés de votre visite que vexés si vous ne passez pas ou refusez leurs plats.
En clair çà donne quoi ?
J’ai quitté mon domicile vers 10 heures pour passer chez Charles et Gladys où j’avais prévu de prendre un premier déjeuner. Là, j’ai bu un peu de Dolo avant d’être invité vers 12h00 chez une tantie à 50 mètres de chez lui qui m’a offert une bière avec assiette de frites et poulet (j’ai réussi à poliment décliner la proposition de salade sinon j’étais foutu pour la suite).En sortant vers 12h45, j’ai été invité chez son voisin qui m’a offert une bière et un plat de pâtes accompagné de viande de porc. Vers 13h30 Gladys est venu me dire qu’elle m’attendait et je suis retourné chez elle manger des frites et des brochettes de bœuf arrosées de dolo. A 14h45 je les ai quittés pour aller faire mes salutations dans le quartier. A 15h j’étais chez la maman d’Alfred à manger du riz gras avec de la viande de porc et un verre de banghi, à 15h45 je suis passé voir Chantal, la grande tante d’Alfred qui m’a offert une calebasse d’hydromiel, à 16h15 en remontant un type que je connais dans le quartier m’a offert un verre de vin mélangé à du sopal avant que Stéphane (neveu d’Alfred) et ses amis ne m’offrent une calbasse de dolo. Vers 16h45 donc, j’étais rendu dans le cabaret de Rachel qui m’a offert une nouvelle calebasse de dolo avec un plat de frites et de la viande de bœuf puis je suis remonté vers le collège Tounouma Garçons vers 17h15 pour saluer les Frères qui m’ont offert une bière. A 18h15 j’étais redescendu chez mes voisines, les sœurs de l’annonciation de Bobo, qui tiennent le collège Ste Marie mitoyen avec ma cour, où j’ai bu une nouvelle bière puis à 19h00 j’étais chez mon voisin le Père Philippe qui nous a offert des olives noires et du saucisson avec un petit vin de noix artisanal très bon, suivi d’un bloc de foie gras servi avec un jurançon, puis une terrine avec un rouge de Provence excellent et pour finir un petit limoncello maison toujours aussi fameux. Là-dessus, vers 21h00, vous n’allez peut être pas me croire mais j’ai fait les 50 mètres qui me séparait de chez moi et je suis allé dormir avec mon gros ventre en l’air ;-)) Quant au lundi de Pâques, je l’ai passé tranquillement chez Charles à regarder des films dans la cour sur l’ordi et j’ai été incapable de manger ou de boire de l’alcool de la journée, il me fallait 24h pour digérer tout ce qui avaient été ingurgités la veille. En tout cas, ce dimanche pascale fût pour moi mémorable, tout ceux que je suis passé voir ont été très content de ma visite et ce plaisir fût vraiment partagé. Bien évidemment, il y a d’autres voisins et amis comme Maurice le catéchiste ou Sylvestre le cuisinier de la maison provinciale que j’aurais vraiment aimé visiter, mais franchement il m’était sensiblement impossible d’en faire davantage !
Sur ce, je vais vous laisser, un très grand merci à Sébastien pour çà visite, tous les bons moments partagés et le colis que j’ai reçu de sa part hier, un second très grand merci à Jan, Xav et Mat pour leurs colis et leurs nouvelles bien réceptionnés le mois dernier, un troisième aux parents pour toutes les bonnes choses glissées dans la valise de Sébastien et le coup de fil que vous m’avez passer pour me prévenir pour Marin et un dernier grand merci à tous ceux qui me donnent régulièrement de leurs nouvelles auxquelles il m’est en ce moment difficile de répondre à cause de l’internet qui coupe tout le temps.
Dans le prochaine épisode, je reviendrai sur Lacina (le petit frère de mon ami) mais je vais attendre la prochaine fois car sinon malgré la coupe franche déjà réalisée ce post va vraiment devenir beaucoup trop long.
Biz
Yanndelabrousse